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Une colère politique ne se soigne pas : la psychothérapie a-t-elle quelque chose à apporter à la Défense ?

Les psychothérapies modifient des émotions liées à une situation. Peut-on en tirer quelque chose pour la psychologie politique et la Défense nationale ? Aucune étude que j'ai lue ne teste ce transfert. Je propose une piste à discuter, à condition de ne jamais décider à la place des gens ce qu'ils doivent ressentir.

Type
Réflexion
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Ce que la thérapie sait faire

Oui, une psychothérapie peut modifier des émotions liées à une situation. Les preuves viennent surtout de personnes qui demandent de l'aide pour un trouble, pas de citoyens face à l'actualité.

  • La TCC est très étudiée. Une revue de 106 méta-analyses, tirées de 269 repérées, trouve le soutien le plus fort pour les troubles anxieux, la gestion de la colère et le stress général, entre autres, et demande encore des essais contrôlés (Hofmann et coll., 2012, référence à contrôler).
  • L'ACT ne cherche pas d'abord à réduire l'émotion, mais à changer le rapport qu'on a avec elle et à agir selon ses valeurs. Une revue de méta-analyses la trouve efficace, et meilleure que la plupart des comparateurs, à l'exception de la TCC (Gloster et coll., 2020, référence à contrôler).

Je n'ai pas trouvé de classement des thérapies pour une émotion liée à une situation précise. Je n'en proposerai donc pas.

Ce qui ne se transfère pas

Une thérapie, c'est aussi une personne qui demande de l'aide, une alliance, la confidentialité et un objectif qu'elle choisit. Sans cela, il ne reste qu'une technique, et ce n'est plus une thérapie.

Aucune source que j'ai pu lire ne teste ce transfert vers la politique ou la Défense. Ce qui suit est donc une extrapolation, à discuter.

Ce qui s'en approche

  • La réévaluation. Des participants israéliens formés à réévaluer une information sur le conflit israélo-palestinien qui suscite la colère soutiennent davantage les politiques conciliantes et moins les politiques agressives, encore cinq mois après (Halperin et coll., 2013).
  • L'ACT, à très petite échelle. Une séance auprès d'étudiants augmente des intentions de comportements positifs dans une étude pilote sur les préjugés raciaux (Lillis et Hayes, 2007). Un atelier réunissant 20 étudiants conservateurs et libéraux donne des résultats préliminaires (Manbeck et coll., 2018, référence à contrôler). C'est bien trop peu pour conclure.
  • D'autres résultats, sans thérapie. Sur 32 059 Américains et 25 traitements testés, montrer des personnes sympathiques d'opinions différentes et souligner des identités communes réduisent le plus l'animosité partisane. Corriger les idées fausses sur l'autre camp et souligner le risque d'effondrement démocratique réduisent le plus les attitudes antidémocratiques (Voelkel et coll., 2024). Je n'ai lu que le résumé : il ne dit rien de techniques thérapeutiques. Ces traitements visent eux aussi des attitudes : selon la frontière que je pose plus bas, ce n'est pas à un État de les reprendre à son compte.
  • Un avertissement sur un programme militaire. Selon une revue de 2013, le programme américain Comprehensive Soldier Fitness avait été diffusé à plus d'un million de soldats sans revue indépendante et objective (Steenkamp et coll., 2013). Déployer d'abord et évaluer ensuite, c'est le risque à éviter.

La limite principale

Une colère politique n'est pas un symptôme. Elle peut être justifiée, informer et pousser à agir. Si un État cherche à l'apaiser, il ne soigne pas : il fait de l'influence, quel que soit le gouvernement et même avec de bonnes intentions. Dans l'étude sur la réévaluation, menée auprès d'une seule population et dans un seul conflit, cet outil a déplacé des positions politiques. Que ce déplacement soit souhaitable ou non, ce n'est pas à l'outil d'en décider.

La frontière me semble être celle-ci : aider chacun à réguler ses émotions, oui ; viser une émotion ou une opinion précise, non. Selon l'agence suédoise de défense psychologique, sa mission porte sur les influences informationnelles hostiles de puissances étrangères, et son but est de protéger la liberté d'expression et une société ouverte (Psychological Defence Agency). Sur le papier, c'est une autre logique que gérer l'humeur d'une population. Cette page dit la mission affichée, pas la pratique.

En France, VIGINUM, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, montre à quoi peuvent ressembler des garde-fous écrits (SGDSN, 2023). Selon le SGDSN, le service ne collecte que des contenus publiquement accessibles, pas ceux des groupes fermés ni des messageries. La conservation des données ne peut excéder un an, la reconnaissance faciale et l'identification vocale sont proscrites, le traitement des données se fait sous le contrôle de la CNIL, et un comité éthique et scientifique de huit personnalités suit l'activité du service. Un décret de février 2026 a aussi élargi le champ de la collecte et allongé la durée de conservation (SGDSN, 2026). Ces garde-fous peuvent donc évoluer, et c'est là encore le cadre affiché, pas une évaluation de la pratique.

Mon hypothèse : l'ACT serait la plus facile à transférer, parce qu'elle ne dit pas quoi ressentir et que les valeurs restent celles de la personne. Rien ne le démontre pour l'instant.

Par quels moyens ?

  • La formation volontaire. C'est le moyen le plus défendable, dans les armées, les écoles ou les cellules de crise. Trois gestes : repérer d'où vient l'émotion, prendre du recul, puis décider quoi faire selon ses valeurs. Y repenser avec du recul va de pair avec des émotions plus courtes (Verduyn et coll., 2012), mais ce module reste à évaluer. Dans une armée comme à l'école, le volontariat est fragile : refuser ne doit avoir aucune conséquence. À l'école, ce module ne devrait pas relever d'un commanditaire de défense.
  • La communication de crise. Après un attentat, on peut proposer de limiter les heures passées devant les médias, sans déconseiller de s'informer : les personnes qui y passent le plus de temps rapportent plus de stress aigu (Holman et coll., 2014). C'est une association, le stress peut aussi pousser à regarder davantage, et rien ne prouve que ce conseil protège. Il concerne une détresse aiguë, pas une opinion.
  • Les réseaux sociaux, pour faire connaître un module. Un essai clinique a recruté sur Instagram 2 452 adolescents de 13 à 16 ans aux symptômes dépressifs élevés. À trois mois, une séance unique en ligne réduit davantage les symptômes qu'un témoin actif, avec un effet faible (d = 0,18 ; Schleider et coll., 2022). Ce résultat clinique ne dit rien d'un programme politique ou de défense, et il ne justifie pas de viser des mineurs ou des personnes en souffrance.
  • Les vidéos courtes. Elles peuvent montrer des techniques de manipulation sans dicter de conclusion (Roozenbeek et coll., 2022), avec des effets modestes qui s'estompent sans rappel (Maertens et coll., 2021) et le risque de nourrir la défiance.
  • Les plateformes. Changer ce que le fil met en avant modifie un peu l'animosité partisane (Piccardi et coll., 2025). Cela relève d'un débat public sur la régulation, pas d'un message d'État.

À exclure : les messages émotionnels ciblés, les faux comptes, le profilage psychologique et tout recrutement visant des mineurs ou des personnes en souffrance. La défense deviendrait ce qu'elle prétend combattre.

Comment savoir si cela marche

C'est une proposition, elle n'est pas évaluée. Des volontaires sont tirés au sort, le commanditaire est affiché, l'évaluation est indépendante et les résultats sont publiés, même décevants. Le module ne contient aucun contenu politique choisi par le commanditaire, et les résultats restent agrégés. Les participants sont débriefés et peuvent se retirer à tout moment.

On décrit l'intensité de l'émotion et le temps de retour au calme, comme dans le billet sur les émotions en ligne et en présence, sans en faire un objectif : rester en colère n'est pas un échec. Le critère principal est la capacité à choisir sa réponse selon ses valeurs, un critère encore à définir et à valider.

On vérifie aussi que la participation politique et la confiance dans des informations vérifiées, choisies par un comité indépendant du commanditaire, ne baissent pas. La participation politique est mesurée par l'équipe indépendante, et n'est jamais transmise au commanditaire autrement qu'en résultats agrégés. Un programme qui rendrait les gens calmes mais passifs serait un échec.

Sur la carte

Références

  • Hofmann, S. G., Asnaani, A., Vonk, I. J. J., Sawyer, A. T., & Fang, A. (2012). The efficacy of cognitive behavioral therapy: A review of meta-analyses. Cognitive Therapy and Research, 36(5), 427–440. lien à contrôler
  • Gloster, A. T., Walder, N., Levin, M. E., Twohig, M. P., & Karekla, M. (2020). The empirical status of acceptance and commitment therapy: A review of meta-analyses. Journal of Contextual Behavioral Science, 18, 181–192. lien à contrôler
  • Halperin, E., Porat, R., Tamir, M., & Gross, J. J. (2013). Can emotion regulation change political attitudes in intractable conflicts? From the laboratory to the field. Psychological Science, 24(1), 106–111. lien vérifiée
  • Lillis, J., & Hayes, S. C. (2007). Applying acceptance, mindfulness, and values to the reduction of prejudice: A pilot study. Behavior Modification, 31(4), 389–411. lien vérifiée
  • Manbeck, K. E., Kanter, J. W., Kuczynski, A. M., Fine, L., Corey, M. D., & Maitland, D. W. M. (2018). Improving relations among conservatives and liberals on a college campus: A preliminary trial of a contextual-behavioral intervention. Journal of Contextual Behavioral Science, 10, 120–125. lien à contrôler
  • Voelkel, J. G., Stagnaro, M. N., Chu, J. Y., et coll. (2024). Megastudy testing 25 treatments to reduce antidemocratic attitudes and partisan animosity. Science, 386(6719), eadh4764. lien vérifiée
  • Steenkamp, M. M., Nash, W. P., & Litz, B. T. (2013). Post-traumatic stress disorder: Review of the Comprehensive Soldier Fitness program. American Journal of Preventive Medicine, 44(5), 507–512. lien vérifiée
  • Psychological Defence Agency (Suède). Our mission. Page publiée le 15 mars 2024, mise à jour le 23 septembre 2026. lien vérifiée
  • SGDSN (2023, 26 juin). VIGINUM : publication du premier rapport du comité éthique et scientifique. lien vérifiée
  • SGDSN / VIGINUM (2026, 15 mai). VIGINUM, un cadre juridique précis et transparent. lien vérifiée
  • Verduyn, P., Van Mechelen, I., Kross, E., Chezzi, C., & Van Bever, F. (2012). The relationship between self-distancing and the duration of negative and positive emotional experiences in daily life. Emotion, 12(6), 1248–1263. lien vérifiée
  • Holman, E. A., Garfin, D. R., & Silver, R. C. (2014). Media's role in broadcasting acute stress following the Boston Marathon bombings. Proceedings of the National Academy of Sciences, 111(1), 93–98. lien vérifiée
  • Schleider, J. L., Mullarkey, M. C., Fox, K. R., Dobias, M. L., Shroff, A., Hart, E. A., & Roulston, C. A. (2022). A randomized trial of online single-session interventions for adolescent depression during COVID-19. Nature Human Behaviour, 6(2), 258–268. lien vérifiée
  • Roozenbeek, J., van der Linden, S., Goldberg, B., Rathje, S., & Lewandowsky, S. (2022). Psychological inoculation improves resilience against misinformation on social media. Science Advances, 8(34), eabo6254. lien vérifiée
  • Maertens, R., Roozenbeek, J., Basol, M., & van der Linden, S. (2021). Long-term effectiveness of inoculation against misinformation: Three longitudinal experiments. Journal of Experimental Psychology: Applied, 27(1), 1–16. lien vérifiée
  • Piccardi, T., Saveski, M., Jia, C., Hancock, J., Tsai, J. L., & Bernstein, M. S. (2025). Reranking partisan animosity in algorithmic social media feeds alters affective polarization. Science, 390(6776), eadu5584. lien vérifiée

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