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Perception visuelle : voir est une reconstruction

Le cerveau complète ce que l'œil ne donne pas.

Terrains
TransversalDirigeants qui influencent
Type
Neuropsychologie cognitive
Techniques DIMA
TE0142, TE0143, TE0152
Mise à jour

Socle

La perception visuelle n'enregistre pas le monde : elle construit une interprétation en plusieurs étapes, de l'organisation des formes à la reconnaissance de l'objet. L'agnosie aperceptive (difficulté à organiser la forme) et l'agnosie associative (forme perçue mais sens perdu) montrent ces étapes.

Pour la défense, retenir ceci : les illusions, les ancrages d'échelle et les graphiques truqués exploitent ces constructions. Une image ou un graphique impose un cadre avant qu'on ait réfléchi.

Blue team : défense

Signaux : axes tronqués ou échelles différentes entre graphiques comparés ; recadrage d'image qui change le sens ; couleur ou taille qui hiérarchise sans justification.

Contre-mesures : vérifier les axes et l'origine ; comparer avec l'image complète ; traduire le graphique en phrase chiffrée ; adopter des gabarits de visualisation honnêtes ; ne pas fonder une vérification sur la seule vue : prévoir une version accessible (texte, audio, tiers) et des couleurs lisibles par les personnes daltoniennes.

Red team : simulation encadrée

Hypothèse testée : des lecteurs repèrent-ils un axe tronqué dans un graphique fictif, et corrigent-ils leur conclusion ?

Indicateur : part des lecteurs qui repèrent l'axe tronqué et corrigent leur conclusion, comparée entre un groupe qui a reçu la consigne de traduire le graphique en phrase chiffrée et un groupe tiré au sort qui ne l'a pas reçue.

Cadre : Exercice fictif, participants informés et consentants, indicateurs agrégés, débriefing, aucun individu désigné, aucun résultat publié pour un groupe de moins de 10 personnes.

Pistes originales

  • Taux de détection d'un axe tronqué selon la charge du lecteur.
  • Effet d'une liste de contrôle de lecture d'un graphique.
  • Accessibilité des procédures de vérification pour les personnes aveugles, malvoyantes ou daltoniennes.

Techniques DIMA associées

TE0142 Biais d'ancrageTE0143 Effet de contrasteTE0152 Loi de Weber-Fechner

Ancrage, contraste et seuils de perception des différences. Rapprochement proposé, à valider. Voir le tableau complet.

Qui est plus sensible, ce qui protège

Plus sensibles

  • Lecture rapide d'images et de graphiques plausible
    Ancrage et contraste visuels jouent davantage quand l'examen est bref, sur petit écran ou sous pression.
  • Faible aisance avec les graphiques documenté
    La littératie graphique prédit la lecture correcte d'un graphique (Galesic et Garcia-Retamero, 2011).

Ce qui protège

  • Personnes qui lisent les valeurs et les échelles des axes plausible
    Revenir aux chiffres neutralise une partie des effets de contraste et d'échelle.

Ce que la clinique éclaire

  • Schizophrénie documenté
    L'illusion du masque creux est moins perçue, surtout en phase aiguë (Dima et coll., 2009) : la perception s'appuie moins sur ce que l'on s'attend à voir. Ce n'est pas une protection : les conclusions hâtives sont plus fréquentes (méta-analyse de Dudley et coll., 2016).
  • Agnosies visuelles (aperceptive, associative) documenté
    La forme est vue sans être organisée, ou organisée sans que le sens de l'objet soit reconnu : illustre les étapes de la reconstruction.
  • Cécité corticale et syndrome d'Anton documenté
    Après une lésion occipitale bilatérale, certains patients nient leur cécité : anosognosie visuelle, voir la fiche sur la méconnaissance de sa propre vulnérabilité.
  • Vision aveugle (blindsight) documenté
    Capacités visuelles résiduelles sans expérience consciente (lésion du cortex visuel primaire). Ne pas en déduire une influence « subliminale » efficace : ce lien n'est pas établi.
  • Syndrome de Charles Bonnet documenté
    Hallucinations visuelles lucides chez des personnes malvoyantes : la perception est construite même sans entrée visuelle.
  • Achromatopsie et daltonismes documenté
    Les graphiques qui reposent sur la couleur seule sont illisibles pour certaines personnes : question d'accessibilité, pas de vulnérabilité.
  • Cécité (périphérique ou corticale) hypothèse
    La vérification visuelle (visage, document, graphique) est impossible : la voix devient le canal central, donc l'usurpation vocale pèse davantage. Aucune étude citée : à tester, sans en conclure que les personnes aveugles sont plus manipulables.

À lire pour se prémunir : repérer les situations où l'on est plus exposé, et y renforcer ses défenses. Tendances de groupe, jamais un jugement sur une personne : un diagnostic ne dit pas qu'une personne est manipulable. Usage légitime : adapter les formations et les procédures, protéger.

Références

  • Marr, D. (1982). Vision: A computational investigation into the human representation and processing of visual information. W. H. Freeman (réédition MIT Press, 2010). vérifiée
  • Humphreys, G. W., & Riddoch, M. J. (1987). To see but not to see: A case study of visual agnosia. Londres : Lawrence Erlbaum Associates (réédition Psychology Press). ISBN 0-86377-065-7. lien vérifiée
  • Pandey, A. V., Rall, K., Satterthwaite, M. L., Nov, O., & Bertini, E. (2015). How deceptive are deceptive visualizations? An empirical analysis of common distortion techniques. Proceedings of the 33rd Annual ACM Conference on Human Factors in Computing Systems (CHI '15), 1469–1478. lien vérifiée
  • Weiskrantz, L. (1986). Blindsight: A case study and implications. Oxford University Press (Clarendon Press). lien vérifiée
  • Das, J. M., & Naqvi, I. A. Anton syndrome. In StatPearls. StatPearls Publishing (Treasure Island, FL), NBK538155, mise à jour régulière. (Cécité corticale niée, anosognosie visuelle.) lien vérifiée
  • Dima, D., Roiser, J. P., Dietrich, D. E., Bonnemann, C., Lanfermann, H., Emrich, H. M., & Dillo, W. (2009). Understanding why patients with schizophrenia do not perceive the hollow-mask illusion using dynamic causal modelling. NeuroImage, 46(4), 1180–1186. lien vérifiée
  • Dudley, R., Taylor, P., Wickham, S., & Hutton, P. (2016). Psychosis, delusions and the « jumping to conclusions » reasoning bias: A systematic review and meta-analysis. Schizophrenia Bulletin, 42(3), 652–665. lien vérifiée

« Vérifiée » : titre, auteurs, année et support confirmés en ligne. « À contrôler » : la référence existe mais un détail (pages, éditeur, lien) n'a pas été relu à la source. Toutes les références.

Niveau de preuve : bon pour les mécanismes perceptifs. Fiche liée à Cognition visuelle et Reconnaissance des visages.

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