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Identité sociale : « nous » contre « eux »

Appartenir à un groupe suffit à en favoriser les membres, et à baisser sa garde.

Terrains
Dirigeants qui influencentOrganisations
Type
Psychologie sociale
Techniques DIMA
TE0231, TE0241
Mise à jour

Socle

Il suffit de répartir des personnes en groupes sur un critère arbitraire pour qu'elles favorisent les membres de leur groupe (Tajfel et coll., 1971). La théorie de l'identité sociale explique cet effet par le besoin de valoriser le groupe auquel on s'identifie (Tajfel et Turner, 1979).

Deux usages offensifs en découlent. En ingénierie sociale, se présenter comme membre du même groupe (même service, même école, même métier) abaisse la vigilance. En influence politique, opposer un « nous » menacé à un « eux » responsable mobilise et polarise : on accepte plus facilement ce qui conforte son camp (Van Bavel et Pereira, 2018). Voir la fiche Désignation d'un adversaire.

La défense la mieux établie est le contact : une méta-analyse de plus de 500 études associe le contact entre groupes à une baisse des préjugés (Pettigrew et Tropp, 2006). Rappeler une identité commune plus large, comme la même organisation ou le même public, est une autre piste, moins établie.

Cas publics

  • Élection présidentielle américaine de 2016 : selon le rapport de la commission du renseignement du Sénat américain (2019), l'Internet Research Agency a animé des pages qui se présentaient comme issues de communautés, notamment afro-américaines, pour gagner leur confiance avant d'y diffuser ses messages. Le rapport indique qu'aucun groupe n'a été davantage ciblé que les Afro-Américains.

Blue team : défense

Signaux : interlocuteur qui insiste sur une appartenance commune (« entre collègues », « entre anciens ») pour obtenir une faveur ; message qui oppose un « nous » à un « eux » désigné comme responsable ; page ou compte qui se réclame d'une communauté sans historique vérifiable.

Contre-mesures : appliquer la même vérification à un membre supposé du groupe qu'à un inconnu ; vérifier l'historique et l'origine des comptes communautaires ; dans la communication interne, rappeler les objectifs communs plutôt que les oppositions entre services ; favoriser les échanges réels entre équipes.

Red team : simulation encadrée

Hypothèse testée : un message fictif qui se réclame d'une appartenance professionnelle commune est-il moins vérifié qu'un message neutre ?

Indicateur : taux de vérification du message fictif qui se réclame d'une appartenance professionnelle commune, comparé à celui d'un message neutre au contenu identique, avec et sans la règle d'appliquer la même vérification à tous.

Cadre : Exercice fictif, participants informés et consentants, indicateurs agrégés, débriefing, aucun individu désigné, aucun résultat publié pour un groupe de moins de 10 personnes. Aucune appartenance politique, religieuse ou d'origine n'est utilisée.

Pistes originales

  • Cartographier les appartenances qu'un attaquant pourrait invoquer à partir de ce que l'organisation publie.
  • Mesurer l'effet d'une identité commune rappelée en début d'exercice.

Techniques DIMA associées

TE0231 Biais d'homogénéitéTE0241 Biais de la somme nulle

Homogénéité prêtée à l'autre groupe et opposition à somme nulle. Rapprochement proposé, à valider. Voir le tableau complet.

Qui est plus sensible, ce qui protège

Plus sensibles

  • Forte identification à un groupe qui se sent menacé plausible
    La menace renforce la défense du groupe et la méfiance envers l'extérieur.
  • Destinataires d'un message qui se réclame du même groupe plausible
    « Entre collègues », « entre nous » : l'appartenance commune baisse la vigilance.

Ce qui protège

  • Personnes en contact régulier avec l'autre groupe documenté
    Le contact entre groupes réduit les préjugés (Pettigrew et Tropp, 2006).
  • Groupes qui partagent une identité plus large plausible
    Rappeler ce qui unit atténue l'opposition entre « eux » et « nous ».

À lire pour se prémunir : repérer les situations où l'on est plus exposé, et y renforcer ses défenses. Tendances de groupe, jamais un jugement sur une personne : un diagnostic ne dit pas qu'une personne est manipulable. Usage légitime : adapter les formations et les procédures, protéger.

Références

  • Tajfel, H., Billig, M. G., Bundy, R. P., & Flament, C. (1971). Social categorization and intergroup behaviour. European Journal of Social Psychology, 1(2), 149–178. lien vérifiée
  • Tajfel, H., & Turner, J. C. (1979). An integrative theory of intergroup conflict. In W. G. Austin & S. Worchel (Eds.), The social psychology of intergroup relations (pp. 33–47). Monterey, CA : Brooks/Cole. lien vérifiée
  • Van Bavel, J. J., & Pereira, A. (2018). The partisan brain: An identity-based model of political belief. Trends in Cognitive Sciences, 22(3), 213–224. lien vérifiée
  • Pettigrew, T. F., & Tropp, L. R. (2006). A meta-analytic test of intergroup contact theory. Journal of Personality and Social Psychology, 90(5), 751–783. lien vérifiée
  • U.S. Senate Select Committee on Intelligence (2019, 8 octobre). Report on Russian active measures campaigns and interference in the 2016 U.S. election, Volume 2: Russia's use of social media with additional views. (Rapport officiel.) lien vérifiée

« Vérifiée » : titre, auteurs, année et support confirmés en ligne. « À contrôler » : la référence existe mais un détail (pages, éditeur, lien) n'a pas été relu à la source. Toutes les références.

Niveau de preuve : favoritisme envers son groupe et effet du contact bien établis ; ampleur variable selon les contextes. Décrit de façon symétrique : le mécanisme est employé par tous les camps.

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